Une croquignole
Est un bonbon rond, petit, très-bien fait;
Et si Tom avait la parole
Il dirait : « Foi de chien, quant au goût, c’est parfait. »
C’est qu’il en mange à la douzaine,
Grâce à qui? Je vais le conter.
Ce chien a su capter
Les faveurs d’une châtelaine
Qui vient chez nous les vendredis.
(C’est son jour, pour nous ses amis.)
Tom a dit dans son langage
A cette dame un beau jour :
« Au boulevard, je viens de faire un tour
Un chariot de camionnage
A brisé la patte à Médor,
Un mien ami qui demeure
Chez un marchand de beurre,
Tout près de la Boule-d’Or.
J’en suis encore malade,
Gela m’a remué le cœur.
Ce pauvre cher camarade
A deux enfants, voyez donc quel malheur ! »
Ah! dit la dame,
Je te proclame
Un animal de bien.
Ton bon cœur, sensible chien,
Te vaudra, sur ma parole,
Les vendredis, plus d’une croquignole. »
Or, voilà comment
S’était passé l’événement.
De chariot pas l’ombre.
Le scélérat de Tom avait, dans un lieu sombre,
Broyé la patte de Médor,
Pour un bout d’os qu’il convoitait à tort.
Lecteur, ces quelques rimes
Font voir qu’on peut prendre pour bons
Des gens chargés de crimes
Et friands de bonbons.