Dans une fleur un gros bourdon,
Qu’avait engourdi la rosée,
Du soleil guettait un rayon,
Là, tout auprès de ma croiséè.
Je le voyais qui se lissait,
Passant ses pattes sur ses ailes ;
C’était la lingère qui sait
Rendre du lustre à ses dentelles.
Le soleil vient et sa chaleur
Bien vite achève la toilette.
Mon bourdon prend un air vainqueur,
Il se secoue, il s’époussète,
Et comme il est musicien,
Il part en jouant du trombone.
Pour son agrément : croyez bien
Qu’il ne veut de mal à personne.
Un petit garçon qui l’entend,
Le croit déjà dans ses oreilles ;
Ou devient fou quand la peur prend :
Il court du côté des abeilles.
Son frère l’arrête et lui dit :
« Tu crains ce joueur de trompette,
C’est bien à tort, pauvre petit.
Il est d’une bonté parfaite,
Jamais il ne fait aucun mal
Malgré sa mine fanfaronne ;
Mais vois ce petit animal,
Celui-ci n’avertit personne.
C’est l’abeille, il ne faut jamais
Aller du côté de sa ruche,
Car lui pique qui vient auprès
De ce bloc qui semble une bûche.
La guêpe aussi, sans nul pardon,
Quand on la tourmente vous pique ;
Mais, mon enfant, ce gros bourdon
Ne s’occupe que de musique. »