Un pauvre malheureux bœuf,
L’un de ceux que l’on promène
A carnaval, vit la Seine,
En passant sur le Pont-Neuf.
« Flots qui verrez ma Normandie,
Le beau pays qui m’a donné le jour,
Dites aux bœufs de ce riant séjour
Que je suis mort de maladie.
Je le sais bien, je vais à l’abattoir,
Mais ils n’ont pas besoin de le savoir.
Au veau qui tette encore sa mère,
Vous direz bien qu’il ne faut pas
Se hâter de devenir gras,
Qu’être maigre est plus salutaire.
Celui qui prend de l’embonpoint,
Pour les honneurs on le réserve;
Mais pour labourer on conserve
Qui mangeant peu n’en acquiert point.
Beaucoup de bœufs, erreur fatale!
S’imaginent qu’on vit heureux,
Quand on vient dans la capitale.
Dites-leur de rester chez eux,
A manger l’herbe reverdie,
Car Paris et ses monuments
Ses plaisirs et ses agréments,
Ne valent pas ma Normandie.
J’avais tout fait pour engraisser,
J’étais si fier sur la bascule!
Mon maître voulait m’embrasser.
J’étais naïf, j'étais crédule,
Ah ! disait-il, ce sera lui
Que tout Paris voudra connaître !
Hélas, que ne suis-je aujourd’hui
Maigre et chétif encore à paître ! »

Ce que disait ce bœuf.
Eh ! mon Dieu, n’est pas neuf.
Souvent on vous invite
A devenir gras,
Mais on ne dit pas
Au fond ce qu’on médite.





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