Savoir observer, comparer, par là s’acquiert toute science Camille Viala (19è siècle)

TERRE ! à tous tes secrets quel homme est initié ?
Le nouvel acquéreur d’un superbe domaine
Demandait, en haussant l’épaule de pitié,
Comment, avant lui, nul ne s’était mis en peine
D’améliorer son sol par d’heureux changements,
D’enlever avec soin, dans le temps des semailles,
Les stériles cailloux et toutes ces pierrailles
Qui partout recouvraient les ensemencements ?
— J’aurai meilleur esprit, dit-il, meilleur courage ;
Je saurai bien à temps changer ces errements,
Et bientôt lui, les siens se mettent à l’ouvrage :
A la main, au râteau, le sol est épuré.
— Son infécondité s’en va donc disparaître.
Quels produits abondants mon champ va faire naître,
Se dit-il : Grâce à Dieu, je l’ai régénéré ;
Je suis fier aujourd’hui de m’en trouver le maître.
— Las ! hélas ! son travail valait un meilleur sort :
Son opération fit sa terre stérile,
Voir d’un tel résultat couronner son effort ?
— Eh ! quoi ! dit-il alors t mon soin est inutile.,.
— Il est ici fatal, dit l’un de ses voisins,
Comment n’avez-vous point remarqué la manière
Dont nous, gens du pays, nous traitons notre terre ?
Ces pierres pour ce sol formant d’excellents drains,
Gardent une fraîcheur qui profite à nos grains ;
Par ces pierres ainsi nous avons l’abondance,
L’homme pourrait bien moins errer,
S’il voulait un peu mieux observer, comparer ;
Par-là s’acquiert toute science.

Livre II