Les sauvages d’Amériques Camille Viala (19è siècle)

Voyager, observer, fut toujours mon bonheur :
Il advint rarement qu’en mes rudes voyages,
L’enseignement ne fut à côté du labeur.
— Un jour je rencontrai, sur de nouvelles plages
Qu’un soleil irrité brûlait de son ardeur,
Certains sauvages d’Amérique
Qui trop imprévoyants, pour cueillir un seul fruit,
S’en allaient couper l’arbre au précieux produit.
C’est œuvre non économique,
Mais qu’espérer en vérité,
Qu’espérer de pareils sauvages ?
— Cependant, leur criai-je, au retour de Télé
Pour vous plus de ces fruits et de ces doux ombrages :
— Qu’importe ? Nous irons plus loin !
— C’est ici l’oasis d’une stérile plaine :
— Qu’importe ? Qu’avons-nous besoin
Pour si peu, pour un rien de prendre un autre soin ?
Mais quelques ans plus tard, je vis, triste témoin,
Ces sauvages tribus subir la rude peine,
La trop juste expiation
De leur coupable imprévoyance.
Je les vis se traîner ait bout de l’horizon,
De la faim, de la soif, endurer la souffrance !

Dans ce monde civilisé
Que de sauvages d’Amérique !
Vous, qui dans le vice insensé
Plongez vos jeunes ans, celle puissance unique
Que vous allez abattre en fleur, avant le fruit,
Regardez ces indiens, imprévoyants sauvages,
Vous les blâmez ?…pourtant, plus qu’eux clos-vous
Le rapide plaisir, d’un instant vous séduit… (sages ?)

Et l’ouvrier aussi qui vît sans prévoyance,
Qui s’en va follement gaspiller dans un jour
D’un rude et long labeur la douce récompense,
Espoir de ses enfants, chère petite engeance,
Qui souvent, dans l’angoisse, espère son retour,
Ne ressemble-t-il pas à l’indien, au sauvage ?
Et ce dernier encor, l’Indien,
N’aurait-il pas quelque avantage
Sur l’ouvrier européen ?
Car l’argent du travail, cette sainte richesse
Qui, loin de son logis chasserait la tristesse,
C’est l’arbre vigoureux aux bons et doux produits
Qu’il coupe au cabaret pour quelques mauvais fruits.

Croyez, ô mes amis, en mon expérience,
Comme toute vertu la sainte prévoyance,
Mère d’un meilleur avenir,
En vous ennoblissant saurez-vous enrichir,

Livre II


Bien sûr, les peuples premiers d'Amérique et autres peuplades indigènes ne faisaient que mourir de faim avant qu'arrivent les occidentaux pour leur expliquer comment prendre soin d'eux. Une fable bien colonialiste, à replacer dans son contexte, évidemment, pour éviter un trop gros dégoût de l'écrivain. Bien sûr, à l'époque de l'auteur, il était de bon ton de penser que la civilisation occidentale était la seule à même de gérer des sociétés. Et que dire aussi du rôle de la religion. Ne sommes-nous tous un peu pareils, soit dit en passant, à voir la vérité dans nos pensées et nos actions ?