Les deux Ennemis Gilles Corrozet (1510 - 1568)

Le maulvais vouloir d’inimytié.

Hayne est de si faulse nature
En cueur, en faict et au combatre,
Qu’ung souflet voluntiers endure
Affin d’en rendre trois ou quatre.


Deux Gladiateurs ennemys
Pour passer la mer se sont mis
En une navire, et, pourtant
Que l'ung deulx l’aultre hayoit tant
Qu'ilz ne se pouoient entreveoir,
Lung se meit pour sa place avoir
En la proue, Paultre en la poupe,.
Et alors voicy une trouppe
D'undes et de flotz arriver,
Que les grandz ventz faisotent lever,
Sy gue la mer tant perilleuse
Leur feit une peur merveilleuse.
Celluy de la proue, voyant
La mer enflée et undoyant
Par les ventz et par la tempeste,
Feit au Patron une requeste
De luy dire quelle partie
De la nef seroit subvertie
Premierement. Lors dict le maistre :
« La poupe premier convient estre
Submergée. » Donc dict celluy :
« Plus aise seray ce jourd’huy
Et de mourir n’auray esmoy;
Sy je voy mourir devant moy
Celluy que jay en si grand hayne,
J’en mourray en plus doulce peine. »
Fable 84


Titre original : De deux Ennemys

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