
Se resjouir des choses qui apportent le mal
Bien souvent ce qu’on pense
Estre tres proffitable
Contre toute esperance
Se treuve dommageable.
Ung homme avoit semond ung sien amy
A ung bancquet que chez luy apresta;
Son Chien aussi, qui nestoit endormy,
Le Chien de Paultre au bancquet invita,
Qui de venir a UVhostel se hasta,
Et, quand i yeid la cuysine garnie,
Il dict en soy : « Sy bien je soupperay,
Et tant sera ceste pance-fournie
Que de trois jours aprés m’en sentiray. »
En ce disant sa queue remouvoit
En esperant s’en bailler par la moue;
Le cuysinter, qui resjouyr le void,
Le prend soubdain par la queue et le roue
Trots tours en Vaer, ainsi comme on se joue,
Puts le jecta en bas par la fenestre,
De quoy il fut estourdy longuement.
Lors, chancellant a dextre et a senestre,
Print a fuyr, criant horriblement.
Les aultres Chiens, qui le veirent courir,
Luy demandoient s'il avoit bien repeu.
Luy qui pensoit (sans eschapper) mourir
Leur respondit: « Ouy, tant que j’ay peu,
J’en ay tant prins, j’ay tant mangé et beu,
Que je ne scay par out je suis sorty. »
Voila comment ne fault prendre lyesse
Pour quelque bien, lequel est converty
Le plus souvent en douleur et tristesse.
Titre original : Du Chien invité au banquet