
Ne s’assubjectir pour nuyre a aultruy.
Qui se mect en subjection
D’aulcun pour a son prochain nuyre,
Tant mieulx pense son faict conduire,
Tant plus void sa destruction.
Contre ung grand Cerf ung Cheval avoit guerre,
Et pour le batre il le suyvoit grand erre;
Mats, voyant bien qu’il n’en seroit le maistre,
Pria ung homme affin qu’il luy pleust estre
Son adjuteur a vaincre celluy Cerf,
Tant que soubz luy ilfust vaincu et serf.
homme laccepte, et, affin qwil le guide,
Luy mect la selle, et le mors, et la bride,
Monte dessus, et tous deux vont aprés
Le Cerf cornu, le suyvant de si prés
Qu’ilz l'ont saisy. Le Cheval, glorieux
D’avoir esté du Cerf victorieux,
Rend grace a (homme et le prie descendre
De dessus luy; mais il n’y veult entendre,
Ains luy respond que soubz luy demourra
Et que de Vhomme au service mourra;
Puisqu’il s’estoit mis dessoubz sa puissance,
Falloit par force y faire obeissance.
En pareil cas, plusieurs en liberté
Veullent combatre et nuyre a pauvreté,
Et pour la vaincre ilz amassent richesses,
Thresors mondains, par frauldes etfinesses,
Dont tl advient que, parforce d’escus
Estans victeurs, ilz demeurent vaincus
D’ung cruel monstre et tresdamnable vice
Qui est nommé famelicque avarice.
Titre original : Du Cerf et du Cheval