
Faire du bien par force.
Ceulx qui sont durs au doulx parler,
Et ne font rien que par contrainte,
Il leur fault bailler une crainte,
Et les frapper et mutiler.
Ung homme avoit en sa maison
Ung Dieu de bots qui estoit creux,
Qu’il prioit en toute saison
Le faire riche et bien heureux ;
Mais tant plus son Dieu il prioit,
Et moins son bien multiplioit.
En fin tumba en indigence,
Parquoy son Dieu injurioit,
Taschant d’en faire la vengeance.
Cest homme, en courroux incité,
Par les deux jambes print ce Dieu,
Et, d’ung despit tout irrité,
Le jecta par terre -en ce lieu;
La statue tant deprisa
Que la teste en pieces brisa,
Dont il issit or et argent,
Que cher estima et prisa
Comme necessaire et urgent.
L'homme, recueillant la richesse,
Disoit : « Tu es trahistre et pervers,
Tu te veulx avoir par rudesse,
Etpar tourmens durs et divers.
Quand je tay porté tout honneur,
De rien ne m’as esté donneur,
Je n’en ay eu rien que par force. »
Le maulvais est donc faict meilleur
Quand on le contraint et efforce.
Titre original : De l'Homme et de son Dieu de bois