Le Renard et le Forestier Gilles Corrozet (1510 - 1568)

Estre semblable en parolle et en moeurs.

Ung traistre, ung trompeur ou moqueur,
S’il te sermonne ou te harangue,
Tu doibs bien penser que sa langue
N’est point correspondante au cueur.


Ung Regnard fut par les veneurs chassé,
Et tant courut qwil en estoit lassé ;
Prés d’une tente et cabane arriva,
Et tout joignant ung Forestier trouva,
Auquel il feit la supplication
De luy monstrer lieu de salvation
Pour se musser. Le Forestier monstra
Son petit toict, le Regnard y entra
Et se cacha en quelque petit coing.
Iceulx veneurs, qui le suyvotent de loing,
Au Forestier demanderent s'il a
Veu ung Regnard lequel fuyoit par là.
Le Foresiter, par sa fraulde maligne,
Monstrant le lieu, de la main leur fett signe
Quwil estoit la, mais il dict de la bouche
Ne Vavoir yeu. Chascun veneur s’approche,
Et le Regnard par derriere s’eschappe,
Sy que pas ung des veneurs ne Vatrappe;
Et, cela faict, le Forestier se cource
A ce Regnard, et l’injurie, pource
Qu’il ne luy a rendu mercis et graces.
Dict le Regnard : « Jay bien veu tes fallaces ;
Sy tu avois les meurs et le couraige,
Sans simuler, pareilz a ton langaige,
Gré ten sçaurois, mais compte on ne doit faire
Dung qui a cueur a la langue contraire. »
Fable 75


Titre original : Du Renard et du Forestier

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