Le Trésor et les trois jeunes Hommes

Charles Nodier (1780 - 1844)


Trois hommes (c’est bien peu pour en trouver un bon)
D’un trésor en commun firent la découverte.
En profitèrent-ils? L’histoire dit que non;
Ils ne sont pas les seuls dont l’or ait fait la perte.
A quoi sert un trésor sans Bacchus et Cérès?
Ces hommes eurent faim; à la ville prochaine
L’un des trois du repas va chercher les apprêts.
« Pour ces gens-ci,, dit-il, la mort serait certaine,
Si je voulais. Alors les dieux savent combien
De l’un et l’autre lot j’augmenterais le mien!
Et je laisse échapper une pareille aubaine ! »
On peut juger qu’il n’en fit rien.
Quiconque pense au crime est près de s’y résoudre.
Sur un plat du festin il met certaine poudre
Qui devait envoyer nos trouveurs de trésors
Finir leur banquet chez les morts.
Pendant qu’en son esprit il supputait la somme,
Le couple de là-bas lui brassait même tour,
Et le même destin l’attendait au retour.
Il vient, on l’embrasse, on l’assomme;
L’endroit qui cachait l’or tient le forfait caché :
En place on enterre notre homme.
On divisa sa part avant d’avoir touché
Aux mets apportés par le traître;
Mais l’effet du poison ne tarda pas beaucoup :
La mort fit cette fois trois conquêtes d’un coup,
Et le trésor resta sans maître.