Le Mâtin et les deux Chiens couchants Nicolas Grozelier (1692 - 1778)

Un Chien de basse-cour, ennuyé de la vie :
Qu'il menait depuis très longtemps,
Le bel emploi, dit-il, d'aboyer-les passants,
Et d'écarter les mendiants !
De devenir chasseur il lui prend fantaisie.
Dans ce dessein il s’associe
A deux habiles Chiens couchants.
Le complot fait, on part et l'on se met en quête.
Le nouveau champion veut chasser à sa tête,
Ne forme aucun arrêt, fait partir le gibier :
Du plus loin qu’il voit dans la plaine
Un jeune lapin s'égayer,
Il y court à perte d'haleine,
Le fait rentrer dans son terrier,
Et ne fait en tout qu’aboyer.
Quant aux deux Chiens couchants, il les barre, il les croise,|
Leur fait perdre la piste et puis leur cherche noise,
Et ne sert qu’à les dévoyer.
Excédé de fatigue, il fallut donc se rendre,
Comme il put, à sa loge et tristement reprendre
Son exercice coutumier ;
Reconnaissant que pour l'autre métier,
Dans sa jeunesse il aurait du l'apprendre.

On ne saurait trop tôt instruire les enfants ;
C’est tout risquer de trop attendre :
Lorsque l'esprit est encor tendre,
Il se plie aux enseignements.

Livre I, fable 14


Titre original : Le Mastin et les deux chiens couchants.