Le Coffret Ivan Krylov (1768 - 1844)

Où nous nous donnons grand tourment
Souvent la peine est inutile ;
Quand l’affaire est simple et facile,
Sachons la traiter simplement.
Un amateur reçut un coffret magnifique
Dont le travail exquis, le fini merveilleux
Des visiteurs charmés occupaient tous les yeux,
Quand survint un voisin, savant en mécanique,
D'un œil très attentif observant le coffret :
« Point de serrure ! allons, c'est un coffre à secret !
Dit-il, rassurez-vous : étant de la partie,
Pour découvrir le truc je suis assez expert ;
Oui, oui, je m’en fais fort ! Bien qu’ici l'on en rie,
Laissez-moi réfléchir, et le coffre est ouvert ! »

Notre savant saisit la boîte,
Et, méditant d'un air profond,
La tourne à gauche et la retourne à droite,
En presse les côtés, le couvercle et le fond,
Pousse les vis de la rainure ;
Mais il se met en vain l'esprit à la torture ;
Et les voisins de rire, en chuchotant tout bas,
Plus d’un propos railleur agace et le taquine :
« Par ici ! — Non, par là ! — Ça vient ! — Ca n'ira pas ! »
A l'œuvre d'autant plus notre savant s’obstine,
Et se donne nouveau tracas.
Il redouble d'efforts, il souffle, il est en nage,
C'est peine et temps perdus ! mais enfin, vers le soir,
De deviner l’énigme ayant perdu l'espoir,
Vaincu par la fatigue, il renonce à l'ouvrage.

Or, voulez-vous savoir quel était le secret ?
On levait le couvercle... et le coffre s’ouvrait !

Livre I, fable 16