Le Roseau et l'Olivier Gilles Corrozet (1510 - 1568)

Contre les orgueilleux.

L’homme humble eschappe bien souvent
Des grands perilz, mais l’orgueilleux
Tumbe aux dangers tresperilleux :
Petite pluye abbat grand vent.


Ung Roseau tendre et ung Olivier hault
De leur beaulté et valleur contendoient,
Et Pung de Paultre accusoient le default,
A qui mieulx mieulx leur cause deffendotent.
Dict l'Olivier : « Je suis fort et constant,
Et contre moy mes au vent resistant,
Car tu fleschis, et je suis ferme et stable. »
Lors le Roseau se teut et le laissa ;
Mats tout soubdain ung fort vent se haulsa
Impetueux, et st insuportable
Que Olivier par terre il renversa,
Et le Roseau entier il delaissa,
Car il ployoit et estoit variable.
Ainsi est il des orgueuilleux mondains,
Trop glorteux et pleins de fier couraige,
Qui, par des cas et accidens soubdains,
Sont ruynez a leur perte et dommaige:
Car de tant plus qu’en leur pouoir se fient,
Qu’en leur richesse et biens se gloriffient,
Plus tost aussi treuvent ung plus fort qu’eulx,
Soubz le pouvoir duguel ilz sont liez,
Assubjectis, prins et humiliez:
C'est voluntiers la fin des orgueilleux.
Mais les petits, humbles, obeissantz,
Qui de leur gré sont doulx et flechissantz,
Eschappent mieulx les dangers perilleux.
Fable 81


Titre original : Du Roseau et le l'Olivier

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