La Vache et le Boeuf Gilles Corrozet (1510 - 1568)

Contre les paresseux

Qui se veult estranger
Du labeur ordinaire,
Soit maistre ou mercennaire,
Il chet en grand danger.


Une Vache estant de sejour,
Voyant que tout le long du jour
Le Boeuf ne bougeoit du labeur,
Estima cela grand malheur.
Comme meschant le condamna,
Le deprisa et contemna,
Car sans rien faire elle vivoit
Tandis qu’au labeur il servoit.
Mats, quand le jour du sacrifice
Fut escheu, icelle genisse
Fut menée a l'occision,
Pour faire l'immolation.
Dont le Beuf se print a soubzrire,
Et, en se mocquant, luy va dire:
« Puis que jamais ne labouras,
Comme inutile tu mourras.
« Tu tes de moy cent foys mocquée,
Mais la peine t'est retorquée :
Je demeure encores vivant,
Et la mort Vest de prés suyvant. »
Ainsi en adytent et a ceulx
Qui sont tardifz et paresseux :
Perilleux danger les ravit,
Maulgré eulx le laboureur vit.
Celluy n’est pas digne de vivre
Qui veult oysiveté ensuyyre:
On void souvent mourir de faim
Cil qui ne scait gaigner son pain.
Fable 82


Titre original : De la Vache et du Boeuf

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