
Ne demander ayde a celluy qui nuyt naturellement.
Il est fol qui secours demande
A celluy qui nuyt par nature,
Dont la malice ne s’amende
Baillant poingture pour oingture.
Ung aultre Regnard, ayant peur
Du yeneur, court vers une haye;
Mais lors fut trompé le trompeur,
Quand pour gripper a mont s’essaye ;
Voullant trouver chemin et voye
Par dedans l'espineux Buisson,
Des poinctes receut mainte playe,
Dont il eut grief marrisson.
Lors, en gemissant et pleurant,
Dict au Buisson : « Je vien icy
Pour estre ton ayde implorant,
Et tu me navres sans mercy. »
Le Buisson luy respond : « Aussi,
Regnard, tu erres grandement,
Car tu me pensois prendre ainst
Que prens les aultres caultement. »
C’est grand follie de querir
Secours a celluy qui veult nuyre,
Et qui tasche a faire perir
Le demandeur, pour le destruire.
Ceste fable aussi veult instruire
De se garder d’estre surpris :
Plus que soymesme on treuyve pire,
Et tel veult prendre qui est pris.
Titre original : Du Regnard et du Buisson