
Chercher sa commodité aux despens d’aultruy
Soubz lespece de charité
Et soubz |’umbre de verité, .
Nous conseillons aultruy tant bien,
Mais c’est souvent pour nostre bien.
Quelque Regnard par la queue estoit pris;
Pour eschapper il la trenche etla couppe:
Parquoy, craignant deshonneur et depris,
D’aultres Regnardz il evitoit la trouppe.
Lors il pensa ses compaignons tromper,
Les exhortant de leurs queues coupper,
Affin que soubz telle espece et tel nombre
Il peust cacher sa honte et son encombre,
Ainst que font souvent les malheureux,
Qui, pour avoir confort, comme u leur semble,
Ne leur suffit d'avoir mal tout par eulx;
Ains ilz vouldroient comme ilz sont langoureux
Que chascun fust, pouravoir part ensemble.
De ces Regnardz la compaignie estoit
Dedans ung champ, le Regnard escoué
Coupper la queue a tous admonestoit,
A celle fin qwil ne fust defloué,
Leur suadant que la queue sy large
Estoit pour eulx une pesante charge.
Lors ung Regnard de ceulx qui estoient là
En soubzriant pour tous ainsi parla,
Disant : « Amy, pource que Paccident
T’osta la queue, il est bien evident
Que, pour couvrir ton mal et infortune,
Tu vouldrois bien l’espece estre commune,
Mats ton conseil est sot et impudent. »
Titre original : Du Regnard sans queue