Le Berger menteur Gilles Corrozet (1510 - 1568)

Contre les menteurs


Qui s’accoustume de mentir
Aprés qu'il a baillé de bourde,
On ne peult 4 luy consentir,
Car on luy fait l’aureille sourde.


Ung Pastoureau dessus ung mont gardoit
Ses doulx Aigneaulx, ses Moutons et Brebis;
De ses voisins se mocquoit et lardoit
Quand i! estoit saoul d’eau et de pain bis.
Il s’écrioit : « Helas! les loups famis
M’ont desrobé, et mes moutons emportent. »
Gentz mensongers jamais vray ne rapportent.
Par plusieurs fots les laboureurs d’entour
Vindrent au cry, mais les Loups ne trouvotent,
Et bien souvent leur dressa ce bon tour,
Estants deceuz quand ilz y arrivotent.
Ung jour les Loups le parc de prés suyvotent,
Une brebis leur demoura pour prote.
Tost vtent le mal combien qu’enyis on croye.
Ce Pastoureau, le larrecin voyant
Du maistre Loup qui la Brebis emporte :
« Au Loup! au Loup! » disoit il en criant,
Mais de secours ame ne le conforte :
La on le laisse, aulcun ne s’y transporte,
Car trop souvent les avoit abusez.
Tousjours en fin sont prins les plus rusez.
Homme qui est souvent trouvé menteur,
S’on Pappercoit on ne le veult pas croire;
Votre fut il de verité l'autheur
Ne sera creu ny tenu pour notoire :
C’est son loyer, il n'a point d’aultre gloire.
C’est bien raison, s'il use de mensonge,
Que verité luy soit imputé songe.
Fable 87


Titre original : Du Bergier menteur

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