La Femme et la Poule Gilles Corrozet (1510 - 1568)

Contre les avaricieux


L’homme est maintesfois trop expert
En exercant son avarice,
Dangereux est tel exercice,
Car tel cuide gaigner qui perd.


Quelque femme une Poulle avoit
Qui luy portoit grand advantaige,
Chascun jour pondre luy devoit
Ung oeuf dor comme elle pouoit,
C’estoit son naturel usaige :
Dont fut augmenté le mesnaige,
Et riche grandement devint
Pour ce beau thresor qui luy vint.
Ceste femme avaricieuse,
Pensant la Poulle estre au dedans
Toute dorée et precieuse,
La tua comme furteuse,
Sans adviser les accidentz ;
Mais a l'oeil de tous regardantz
Fust trouvée dans sa poictrine
Tout ainsi qu'une aultre geline.

En pensant doncques s’enrichir
Elle perdit par convoitise.
Avarice nous faict fleschir,
Et nous augmente le desir
Qui nous faict perdre chose acquise.
Desir de gaing faict entreprise,
Qui est cause de perte a mainctz
De ce qu'ilz tenoient en leurs mains.
Fable 91


Titre original : De la Femme et de la Geline

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