Le Lys, la Rose et le Romarin Gabriel-T. Sabatier (19ème)

Par un beau jour d'été, le lis pur et la rose
Causaient ensemble en un jardin,
Et chaque fleur faisait sa propre apothéose;
Mais tout à coup, le romarin
Voulut se mêler de la chose.
Prenant le ton d'un grand docteur,
Il déclara bien haut, que l'une et l'autre fleur
N'avaient rien du tout d'admirable;
Qu'à la fin, delà rose on vantait trop l'odeur;
Que le lis, après tout n'avait que sa blancheur.
La rose répondit d'un air pas trop aimable:
« Ah! laissez-nous !
Nous n'avons pas besoin de vous;
Le lys et moi savons d'avance
Ce qu'a trouvé votre science.
Vous pensez qu'en vous seul est le type parfait !! »
Après ces quelques mots notre rose tait.

Hélas! du romarin le fait n'est pas très-rare ;
Ce n'est pas d'aujourd'hui
Que son mauvais esprit de notre cœur s'empare,
Plus d'un pour s'élever, sait rabaisser autrui !

Livre II, Fable 3, 1856