Les Moineaux et la Tourterelle Eugénie et Laure Fiot (19ème siècle)

Deux moineaux se battaient un jour;
L’amour jaloux en était cause...
Or, on sait bien ce que l'amour
Peut conseiller et ce qu’“il. ose!...
Nos champions, en leur assaut,
Ne montrent pas moins de courage-
Que les Tancréde et les Renaud !..
Dans leur faiblesse qui fait rage,
On ne voit, autour d’eux, que funestes débris,
Ongles, plumes et becs meurtris.
Leurs cris respirent la vengeance.
-S’il pouvaient se servir de lance
Comme on fit Solime. et jadis à Paris,
Pour gagner |'Armide emplumée
Qui du vainqueur sera le prix, _
Leur fureur s’en serait ‘armée!!..
Leur dame, la,, tranquillement,
Fière qu’on se batte pour elle,
Attend son incertain amant,
Se promène, en faisant la belle...
« Mérites-tu combat si grand,
Vint lui dire une tourterelle, .
Va te cacher dans ta maison.
Lorsque, pour nous, quelqu’un se tue,
Il n’est ni beau, ni de bon ton,
De se faire voir-dans la rue.»
Ce mot des oiseaux du quartier,
En fit un objet de risée,
Mit fin au combat meurtrier,
Et la dame fut méprisée.

On pourrait bien de la beauté,
Par esprit de galanterie,
Excuser la coquetterie ;
Mais non pas l'inhumanité.

Fables nouvelles, Livre II, Fable 13, 1851