Un fade rimailleur qui, flattant la puissance,
S'était jadis acquis quelques frêles lauriers
Par des hymnes de circonstance,
Passait un jour dans la rue aux Fripiers .
Comme il faisait beau temps, partout vaste étalage.
Là , les vieux fers , les outils démanchés,
Des vêtements sans forme, en loques ou tachés ,
La vaisselle ébréchée attestant long usage ,
Et les meubles aux pieds branlants ,
Tous ces rebuts prisés dans maint pauvre ménage,
Paraissant humer l'air attendaient les chalands .
« Fragilité ! pensait en lui-même notre homme.
Comme tout passe et tout prend tin ! »
Mais il n'ajoutait pas : « Tel qu'aujourd'hui l'on nomme,
Peut se voir oublié demain. »
Il se trouvait alors devant la marchandise
D'un ancien du métier, le sieur Job Dufouillis.
En y jetant les yeux, soudain, contre un tapis
De haute vétusté, troué, noir, il avise
Un portrait qui lui cause une vive surprise.
Sans doute un sien aïeul en ailes de pigeon,
Ou quelque ami joyeux du printemps de sa vie ?
Point, son propre portrait, grande lithographie
Que jadis il avait cru bon
De publier pour accroître son nom.
Il s'arrête, et, pensif, bras croisés, s'envisage.
De poussière il se voit le nez tout maculé ;
Cela lui déplaît fort. « Et puis, dit-il, je gage
Que ce cadre souvent s'est trouvé bousculé,
Car il est tout disjoint. Mais j'ai bel entourage :
Un fusil de chasse sans chien,
Une longue broche rouillée,
Une lampe en laiton de vert-de-gris souillée,
Et sur mon front, ce n'est pas rien ,
Une guitare, un luth ! Mais, hélas ! une gamme,
Toutes cordes manquant, ne s'y pourrait jouer....
On dirait presque une épigramme. »
Songeant à ces affronts qu'il devait s'avouer,
Il crut saisir le fil de l'aventure
Par laquelle en ce lieu se trouvait sa figure.
« Ah ! certes, grogna-t-il, j'avais bien remarqué,
En dépit de l'artiste affirmant le contraire,
Que mon portrait était manqué ! »

Même rudement attaqué,
L'amour-propre est habile à se tirer d'affaire.





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