Un pauvre et vieux santon, au front de parchemin,
Parcourait en rêvant son pénible chemin.
Entre ses doigts luisants il tournait un rosaire
Et parlait à tous les passants
De sa haute vertu, de sa grande misère,
Et de la pluie et du beau temps.
Il avait tout appris, il savait toutes choses :
Doux secrets des harems, noirs projets du divan ;
A l’en croire, il n’était pour lui de portes closes ;
Son ami le vizir, son ami le sultan
Le consultaient souvent sur les choses publiques ;
Ils avaient foi dans ses reliques !
Il avait, le pauvre homme, un crédit sans pareil ;
Il pouvait être riche et muphti comme un autre,
Avoir de beaux palais reluisant au soleil,
Et commander, le bon apôtre !
Quoique riche province aussi bien qu’un pacha,
Rien qu’en roulant sa patenôtre.
Un émir entendit le santon ; il lui dit :
« Saint homme, un bon conseil : Use de ton crédit
Pour remplir ta besace
Et te faire un habit
Qui puisse au moins couvrir ta respectable crasse. »

Combien de pauvres fous, riches en leurs discours.
Qui n’ont pas de pain tous les jours !