Le Courtisan et le Limaçon René Alexandre de Culant (1718 - 1799)

Un courtisan dans la belle saison,
Se promenant dans son parterre,
Faisait aux limaçons la guerre.
Il en vit un qui traînait sa maison ;
Oh, oh, dit-il, l'ami ne marche pas si vite,
Fléau de mes jardins, crois-tu que l'on m'évite ?
Où vas-tu ? Tu cours à ta mort !
Tu peux me plaisanter, dit l'innocent reptile,
Par la raison du plus fort ;
Mais sans t'échauffer la bile,
Écoute. - Eh bien ! - Tu dois m'aimer.
Moi ! par quelle raison ? - C'est que je te ressemble,
Par mille traits capables de charmer,
Qu'en nous la nature de charmer,
Qu'en nous la nature rassemble.
Premièrement : je porte sur mon dos,
Le plus fatiguant des fardeaux,
Comparable à ces équipages,
Ce grand train de chevaux, de valets et de pages,
Qui t'accompagnent en tous lieux,
Et dont ton orgueil s'embarrasse.
Ce qui doit te paraître encor plus merveilleux !
C'est qu'on nous fuit tous les deux à la trace.
Pour ton argent, tu te maintiens en place,
Moi, par le suc visqueux que je répands,
Et nous nous élevons tous les deux en rampant.

Livre II, fable 6