L’Abeille et l’Araignée Jean Guillaume Hillemacher (1784 - 1867)

Retranchée au fond de sa toile.
Où l’œil avec peine plongeait.
Une aragne se rengorgeait.
Une abeille la vit au travers de ce voile
Et lui dit : « Que faites-vous là?
Votre gravité me fait rire :
Quand vous balanceriez les destins d’un empire
Vous n’auriez pas un air plus sombre que cela.
— Retirez-vous, langue indiscrète,
Dit l’araignée, et cessez vos propos:
Gardez-vous de troubler mes importants travaux
Tous mes moments sont chers : ce tissu que j’apprête
Est filé pour l’éternité. »
Au même instant, Manon, vaquant à son ménage.

D’un grand coup de balai, par le hasard porté.
Anéantit l’insecte et son ouvrage.
Les hommes ont parfois la même vanité.
Et leurs œuvres souvent même fragilité.

Contes, fables et poésies, 1864