Le Cheval et l'Ecorcheur Étienne Gosse (1773 - 1834)

Un coursier belliqueux, pour prix d’un vil marché,
Et vendu par son maître allait être écorché :
Hé quoi ! s’écriait-il à son heure dernière,
Est-ce donc là le prix de ma valeur ?
Je suis couvert encor d’une noble poussière,
Je fus blessé dans les champs de l’honneur ;
Et pour récompenser mon audace guerrière,
On me vendit à l’écorcheur.

Tant d’outrage et de barbarie
Sont-ils un spectacle nouveau ?
Non : de la plus vaillante vie
Le supplice éteint le flambeau.
L’homme est ingrat, il brise tous les charmes
Des souvenirs les plus sacrés;
Et dans ses vœux dénaturés
Il devient le bourreau de son compagnon d’armes.

Livre I, fable 13