Un âne s'affligeait de n'avoir point de cornes ;
Un singe, d'une queue enviait l'ornement ;
Et tous les deux, tristes et mornes,
Se complaignaient amèrement.
Une taupe survint, qui leur dit ces paroles :
« Osez-vous reprocher aux Dieux
De vous avoir privés d'avantages frivoles,
Quand vous voyez qu'il me manque de yeux ! »

Si nous regardions bien les disgrâces des autres,
Nous nous plaindrions moins des nôtres.

Livre I, fable 1


Remarque de l'auteur : Que de gens ne sont réellement malheureux que parce qu'ils sont assez fous pour considérer seulement ceux qui sont placés au-dessus d'eux ! Ces gens-là sont bien plus aveugles que la taupe elle-même.

J'aurais tout de même envie de rajouter une remarque : Et la taupe, elle-même ? Ne se compare-t-elle pas à plus haut qu'elle ? Ne discute-t-elle pas non plus ce qui lui a été donné par les dieux ?