La Guêpe, le Moineau et l'Escargot Antoine Carteret (1813 - 1889)

Des guêpes butinaient sur des raisins dorés
Qui pendaient en guirlande autour d'une fenêtre.
Elles allaient bon train ; mais un si petit être
Ne peut faire après tout, repas démesurés.
Un gros moineau survint. C'était un fort compère
Qui, très - amateur de vin doux,
Cassant, brifant, sans gêne en sa manière,
Trois fois par jour au moins buvait là de grands coups .
« Comment, s'écria-t-il, pillardes,
Je vous retrouve encore ici ?
Quel dégât scandaleux ! Ventrebleu ! mes gaillardes ,
Vous ne pratiquez pas la rapine à demi !
- Pardon ! » dit l'une de la bande ,
Monsieur nous parle là bien sec.
Apparemment monsieur ne sent pas qu'en son bec
Est drôle au dernier point semblable réprimande ?
- Qu'est-ce à dire ? » reprit l'oiseau ,
Vous gaussez-vous de moi, petite sotte ?
- Et croyez-vous que je radote ?
Dit la guêpe. -A coup sûr. - Grand merci ! mais tout beau,
Puisque de mon avis le vôtre ainsi diffère ,
J'appelle en témoignage un honnête garçon
Qui voit depuis trois jours nos deux façons de faire.
- Où donc ? - Là sur le mur. - Comment, cet avorton ,
Un ignoble escargot? N'importe, parle et vite.
- Puis donc qu'à m'expliquer, des deux parts on m'invite,
Dit le pauvre encorné, j'affirme que d'un grain
Se contente une guêpe en toute sa journée ;
Tandis que seulement en son après-dînée
D'une grappe un moineau sait très-bien voir la fin .
Autrement dit, excusez ma franchise,
Madame pille un peu, mais monsieur dévalise .
Insolent ! » s'écria le moineau. « Conçoit- on
Que je sois insulté de semblable manière ? »
Puis d'un fort coup de bec choquant le bestion
Il le fit avec bruit dégringoler par terre.

Qui vole en grand s'indigne et se drape en seigneur,
Alors qu'on se permet de l'appeler voleur .





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