Le Chat et le Coq Pierre de Frasnay (1679 - 1753)

Un Chat surpris en son pallier un Coq,
Il eut cru faire un crime énorme
De l'étrangler, de le mettre à son croc,
S'il n'eut auparavant fait son procès en forme ;
Il lui dit donc, tu mérites la mort,
Toutes les nuits, par ton ramage
Tu réveilles ton maître et tout son voisinage,
Tu dois mourir pour réparer ce tort.
Le Coq répond, mon chant ne fait aucun dommage
A mon Seigneur, non plus qu'à son voisin ;
Tout au contraire éveillés plus matin,
Leurs gens plus tôt s'appliquent à l'ouvrage.
Le Chat reprit faisant le vertueux,
Tu caressas et tes sœurs et ta mère,
Il faut punir un Coq incestueux ;
Je n'ai point de parents, une troupe étrangère
Répond le Coq, compose mon sérail.
De tes raisons trop grand est l'attirail,
Lui réplique le Chat, point je ne m'en soucie,
Je n'ai point le loisir d'entrer dans ce détail,
Je suis à jeun, malgré l'apologie
Il le croque à l'instant et sans cérémonie.

C'est ainsi qu'un mortel au vol déterminé,
De dépouiller autrui ne se fait une affaire,
Les lois lui prêchent le contraire,
Par son maudit penchant il se trouve entraîné ;
Entend-on la raison lorsque l'on veut mal faire ?

Livre I, fable 6


On reconnaît l'histoire de Le Loup et l'Agneau mettant en scène deux nouveaux personnages.