Un jeune chien folâtre et bon enfant,
Mais étourdi comme on l'est à cet âge,
(Le plus beau des âges pourtant)
Fit rencontre un jour dans un champ
D’un animal tout pareil de corsage,
D’allure, de poil et d’humeur.
Le jeune chien était tout coeur,
Et partant nulle défiance.
Bon cœur a besoin d’être instruit ;
Toujours défiance est un fruit
De malice ou d’expérience.
Notre doguin n’avait aucun des deux;
Il se livra dés la première vue,
Comme souvent un jeune aventureux
S’en va courir après une inconnue.
Rarement pareille bévue
Tourne à profit aux amoureux:
Le pauvre chien ne s’en trouva pas mieux.
Son cher ami, si bien assorti de figure,
De taille, d’humeur et d’allure ,
C’était, pour le dire en un mot,
C’était un louveteau de perverse nature ;
Et notre jeune chien, étranglé comme un sot,
Lui servit bientôt de pâture.
Il faut, dit-on, connaitre avant d’aimer ;
C'est le conseil de la sagesse,
Que ce récit doit confirmer.
Mais réflexion et jeunesse
Ne s’unissent pas aisément.
L’on sent à cet âge charmant
Certain besoin d’aimer qui presse;
L’on est ami, l’on est amant,
Bien moins par choix que par ivresse;
Le cœur veut un attachement ,
Et s’abandonne à la tendresse
Sans savoir pourquoi ni comment.
Doux attrait ! que d’écarts ne nous fais-tu pas faire !
Ecarts dont si souvent notre perte est le fruit.
Heureux ! qui par l’instinct conduit
Dans l’âge d’aimer et de plaire ,
S’attache sans être séduit,
Et prévient l’âge où l'on s’instruit
Par un repentir nécessaire.

Livre I, fable 18