
Trop d'honneur est un poids dissicile à porter
Ce poids aujourd'hui nous accable.
Votre bonté, votre air affable
En vain semble nous exhorter
A rendre sans crainte le compte
De nos fruits, de notre labeur ;
Nous craignons bien que cet honneur
Ne tourne enfin à notre honte.
La fable d'une vigne et de son bon Seigneur
Nous rassure bien moins qu'elle ne nous fait peur.
Voici comme on la raconte.
On m'en a tant bervé, que je la sais par cœur.
un Seigneur opulent, opulent quoique noble,
Possédait un vignoble
Un bel arpent qui ne rapportait rien.
On payait pourtant bien
Les façons, la culture,
Et tous les menus soins que d'avance nature
Exige pour le prix de ses moins faveurs.
Ce qui ne coûtait rien, c'était les vendangeurs.
La cuve, le pressoir, les cercles, la futaille
Avec ma vigne étaient tous meubles superflus.
Quand elle produisait quelques grains de verjus
C'était une rare trouvaille.
Le maître se lassa, comme on peu bien penser,
De ne rien recueillir et beaucoup dépenser.
Par un beau jour d'automne il visitea la vigne
Qui de ses tendres soins se montrait si peu digne.
Force feuillage et point de fruit
Sont les seuls biens qu'elle déploie.
Monseigneur se fâcha, tempêta, fit grand bruit.
« Croyez-vous qu'on me paie en pareille monnaie,
Ma belle vigne vierge ? O que non, non, parbleu ;
Puisque vous ne pouvez me rendre
Du vin, vous serez de la cendre,
Nous dégélerons au feu. »
La pauvrette ne peut répondre ;
Elle voit bien qu'on va la tondre
Et la convertir en tison.
Mais comme le silence est mauvaise raison ;
Vaille que vaille, elle s'excuse
En abrégé, voici la très humble oraison.
« Monseigneur, je sens que j'abuse
Depuis longtemps de vos bontés ;
De ma stérilité vous me voyez confuse.
Pour cette fois encor faites grâce et comptez
Que je remplirai votre attente ;
De mes fruits et de leur faveur,
Votre grandeur sera contente. »
Le maître pardonna, c'était un bon seigneur.
La vigne ne fut point normande,
A tenir sa parole elle mit son honneur.
Dès l'automne suivante, au lieu de réprimande,
Grands compliments au bois tortu
Sous le poids des fruits abattu,
D'un bin délicieux la récolte fut ample.
On en fit... combien donc ? Je ne puis le compter.
Il sufit que ma vigne est d'un fort bon exemple :
Nous tâcherons de l'imiter.
Pauvres enfants obligés de se taper les fables culpabilisatrice de ce curé. Donc, sur une vigne qui ne produit pas, ce qu'il faut, c'est s'énerver, punir, menacer pour espérer obtenir egoistement quelque chose. Non, vraiment, je ne partage pas cette morale.