Vers le déclin d'un assez triste jour ;
Je revois seul dans mon asyle ;
Et soudain devant moi, glissant d'un pas agile,
Des Fantômes masqués défilent tour à tour.
L'un, représentant l'avarice,
Semblait emporter un trésor ;
L'autre, balançant des poids d'or
Apparemment figurait la justice :
Un autre, aux sourcils orgueilleux
Exprimait l'amour de la gloire,
Et les désirs ambitieux,
Et le faste de la victoire :
Celui-là jouait l'air sensé
De la tranquille pruderie,
Celui-ci le maintien glacé
De la fausse Philosophie.
J'examinais chaque attribut,
Et chaque ombre mobile et l'esprit de son masque.
Avec un attirail fantasque,
La Folie alors m'apparut,
En jouant du tambour de basque.

Je n'ai rien de caché pour toi,
Tous ces objets ne sont qu'un, me dit-elle ;
Cesse de croire à ton oeil infidelle,
Et ne t'en rapporte qu'à moi-
Lorsqu'ainsi je me multiplie,
Le changement n'est qu'apparent.
A tous mes jeux l'homme se plie ;
Il se déguise en vain, c'est toujours la folie :
Le masque seul est différent.

Livre I, fable 18