La Tulipe et les Bleuets Claude-Joseph Dorat (1734 - 1780)

Un jeune Amant bien tendre, et, je crois, bien fidèle,
Avait cueilli des Bleuets pour sa belle.
En attendant l'heure du rendez-vous,
Il se promenait dans les serres
D'un curieux, ivre et jaloux
De ses riches oignons, de ses fleurs solitaires.

VOYEZ, lui dit notre amateur,
Cette Tulipe, à la tige hautaine ;
Elle me vient du Grand-Seigneur.
Moi, j'ai cueilli ces Bleuets dans la plaine,
Reprit l'amant inspiré par son cœur.
Ah ! le Bleuet est la plus belle fleur ;
Il est préféré par Climéne.
Sa main le mêle à ses cheveux,
Ou l'attache à son sein, à côté de la rose ;
C'est là que souvent il repose.
Il naît moins éclatant, pour mourir plus heureux.

Livre III, fable 12