Le Cadi et son fils Antoine Bret (1717 - 1792)

Le Cadi Bacht avec peine
Voyant son fils presque nain,
Conçut pour lui du dédain,
De dédain, vint à la haine.
Tous les jours nouveaux rebuts,
Il le tourmentait sans cesse,
Pas la plus mince caresse,
Mais bien les plus durs refus.
Notre pauvre créature,
A son père qui murmure,
Dit un jour ce que voici :
Ô mon père ! la Nature
Ne me juge pas ainsi :
Ce que cette auguste mère
Offre de grand à nos yeux,
Est-il le plus précieux ?
Fort souvent c'est le contraire.
Aux rochers de Pélion
Dieu montra-t-il sa puissance ?
L'humble côteau de Sion
Eut sur lui la préférence.
C'est le courage et l'esprit
Qui rendent un homme utile :
Un sage, quoi que petit,
Vaut mieux qu'un grand imbécile.
Éloignez donc le chagrin
Où ma stature vous jette ;
La Brebis est blanche et nette,
L'Éléphant sale et vilain.

Fables orientales, fable 2